Historique

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Dès 1818, Eloy de Vicq, un douaisien installé à Abbeville depuis 1810, songe à ouvrir une école “à l’instar de celle qu’il avait vue fonctionner à Douai et dont il avait pu apprécier les résultats”. Il décide d’en confier la direction à l’un de ses élèves, M. Péret, qu’il envoie tout d’abord à Paris “prendre les conseils de Choron, qui appliquait déjà si avantageusement la méthode mutuelle à l’enseignement musical”. A son retour, le jeune professeur ouvre, sous les auspices de M. de Vicq comme le précise le Journal d’Abbeville du 10 décembre 1818, “une école primaire de musique” dans la maison où il demeure, rue de l’Arquet. Dix élèves composent la classe.

M. Péret, né en 1796, à Toulouse, vint à Abbeville avec son père, ancien officier d’artillerie, préposé à la garde du matériel de la place. Destiné à la carrière de l’instruction publique, il l’abandonna pour se livrer à l’étude de l’art musical. Musicien consommé, agréable chanteur, violoniste distingué, il sut réunir toutes les qualités qui caractérisent l’excellent professeur. Il est mort à Boulogne, le 6 octobre 1864. (L. Eloy de Vicq)

Cet établissement privé devient, à la suite d’un mémoire présenté le 2 juin 1821 en conseil municipal par “des personnes respectables” de la ville, une école gratuite de musique. Le 31 décembre de cette même année, le règlement de l’école dite Académie de musique est arrêté.

Durant la distribution des prix de l’École de dessin, le Maire montra son intérêt pour le développement de l’institution :
L’École de musique, que des villes plus importantes nous envient, créée par l’un de nos concitoyens les plus estimables, n’a-t-elle pas aussi son utilité ?
Elle remplace les maîtrises qui existaient dans les cathédrales, dans les collégiales, et forme des sujets pour chanter les louanges du Seigneur.
Déjà et depuis longtemps ne devons-nous pas à l’amateur distingué qui s’en est occupée et l’a confiée aux soins d’un artiste recommandable, le talent de jeunes citoyens qui, faisant partie de la Garde nationale, lui forment une Musique pour contribuer à l’éclat de ses réunions et embellir nos fêtes.
Nous comptons pouvoir dans l’année qui va succéder, distribuer des prix à ceux des élèves de cette école qui se seront le plus distingués.

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Dès 1824, le même jour que pour l’École de dessin, le 14 août, se déroule la première distribution des prix de l’Académie de musique. Il y avait alors 32 élèves.

M. Péret resta directeur de l’École jusqu’en 1832, date à laquelle il partit pour Boulogne. Lui succéda M. Canaple, un ancien élève de l’École, chef de la musique de la Garde nationale, que remplacera en 1836 le violoniste Alfred Picquet, “un jeune homme de 18 ans, ayant récemment quitté l’École avec un prix de violon”. Alfred Picquet resta directeur jusqu’à sa mort en 1875. Il eut pour le seconder M. Dimpre, “un des élèves les plus zélés de l’École”, un violoniste qui fut, dit Georges Mallet, “l’âme des manifestations de la Société philharmonique” encore à la fin du 19ème siècle.

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Almanach d’Abbeville – Annuaire de l’arrondissement de 1840-41, comme celui de 1844 mentionne : “cours de musique, de midi à 2H., pour la musique vocale, de 4H à 6H. Pour la musique instrumentale ; tous les jours, dans la maison sise à l’entrée du champ-de-foire. Professeurs : MM. Dimpre et Picquet”

Plus tard, dans les Almanachsde 1864, 1868-69, 1870-71 : on constate qu’Alfred Picquet et M. Dimpre enseignent également à l’Institution Saint-Stanislas, chaussée du Bois et qu’un cours de musique, pour les filles, a lieu à l’école des sœurs de Saint-Jacques avec pour professeur M. Canaple. D’autres noms de professeurs et professeurs adjoints apparaissent.
L’existence d’un cours de musique pour les filles est probablement le signe que l’école de musique n’accueillait que les garçons.

Succèdent à Alfred Picquet, M. Hétuin-Deloffre qui avait été professeur de musique à Montreuil-sur-mer avec comme professeur adjoint M. Dumont, puis M. Boulvin qui était directeur de l’Orphéon d’Abbeville et de la Musique municipale et que le Pilote de la Somme qualifia en juin 1881 “d’excellent pianiste mais de piètre directeur d’ensemble” ; enfin, en 1880, M. Meilhan qui exerçait aussi les fonctions de chef d’orchestre du Théâtre municipal, de chef de la Musique municipale et de directeur de l’Orphéon.

Le 3 novembre 1881, le Maire, M. de Poilly, prend un arrêté supprimant l’École de musique.

Les abbevillois pouvaient alors prendre des cours auprès des “maîtres de musique” : M. Boulvin, Mme Delacourt, Mme Delarue-Loffroy, M. Dimpre, M. Dumont, M. Godefroy, Alfred Grare, Mme Lebon, A. Petit, M. Picquet, M. Steinfeld, M. Wattier. (Almanach de 1888) et acheter partitions, matériel… auprès des marchands de musique Crépin et Picquet.

Quelques années plus tard, le 10 avril 1889, le conseil municipal décide la “réorganisation malheureusement bien rudimentaire et incohérente de l’École de musique” (René Clusel). Alfred Grare, le “fils d’un libraire de vieille souche et bibliophile averti” (Georges Mallet), alors chef de la Musique municipale d’harmonie, en devient le directeur.

En 1893, l’Almanach précise que le cours de solfège est assuré par M. Dumont et que les cours ont lieu tous les jours dans les écoles communales de garçons et filles, excepté le jeudi où le cours se déroule à l’École de musique de 4 à 5 heures. Les cours d’instruments à cordes sont assurés par M. Dumont, tous les jours à 4 heures excepté le jeudi à 3 heures, M. Braut assure les cours d’instruments en bois les lundi, mercredi et jeudi, de 8 heure ½ à 10 heures du soir, et M. Stempfel les cours d’instruments en cuivre les mardi, jeudi et vendredi de 8 heure ½ à 10 heures du soir.

Le 24 juillet 1899, le président de la commission de surveillance de l’École demande au Maire la transformation de l’École municipale de musique en École nationale de musique.

La commission en espère les avantages suivants :

  • subvention annuelle
  • dons d’instruments
  • rattachement de l’École au Conservatoire de Paris
  • enseignement immuable tracé par des hommes d’une compétence absolue et contrôlé chaque année par des inspecteurs désignés par l’administration des Beaux-Arts
  • facilités spéciales pour les élèves spécialement doués d’entrer au Conservatoire.

Le Maire reconnaît tout le bien qui pourrait résulter d’une telle transformation.
Le 6 décembre 1900, Henri Maréchal inspecte l’École.

Premier Grand Prix de Rome, Henri Maréchal (1842 – 1924), composa surtout de la musique lyrique, de ballet et de scène. On peut citer Les Amoureux de Catherine (1876), La Taverne des Trabans (1876), Le Lac des Aulnes (1907).

Le 29 avril 1901, le directeur demande de création d’une classe de saxophone, mais faute d’absence de crédits, la classe ne peut être ouverte de suite.

Le 16 août 1901 est présenté le projet de règlement devant servir à “notre nouvelle École de musique”.

Le 27 septembre 1901 : nomination d’un surveillant-archiviste.

Le 1er novembre 1901 paraît l’arrêté ministériel érigeant l’École municipale de musique d’Abbeville en École nationale. Elle le restera jusqu’en 1935.

Gabriel Fauré inspecte l’École une première fois au printemps 1902, puis de nouveau au printemps 1903.

En 1904, inspection dAndré Gédalge

En 1905, création d’un cours de piano. Nouvelle inspection d’André Gédalge. M. Braut est nommé directeur et le restera jusqu’en 1935.

Le professeur de piano sera nommé par concours, en même temps d’ailleurs que celui de violoncelle et contrebasse. Concours qui se déroulera salle Pleyel à Paris le 26 janvier 1906. Le jury sera composé comme suit, selon le procès-verbal de la commission du 30 janvier 1906 :

Président André Caplet, compositeur,1er Prix d’harmonie, d’accompagnement et de fugue, Grand prix de Rome. On peut ajouter proche ami de Claude Debussy dont il assura la création du Martyre de Saint-Sébastien, chef des Concerts Lamoureux et des Concerts Pasdeloup, mais aussi chef invité aux Etats-Unis.

  • Eugène Magnus, compositeur, chef de chant aux Concerts Colonne, 1er Prix d’accompagnement et d’harmonie, répétiteur au Conservatoire, pianiste à la Société moderne et la Société philharmonique.
  • Armand Marsick, 1er violon de l’Opéra comique et des Concerts Colonne, 1er Prix du Conservatoire, candidat au Prix de Rome.
  • Jean Bedetti, violoncelle solo de l’Opéra comique.
  • Maurice Caplet, 1er violon de l’Opéra comique et des Concerts Colonne, professeur de la Ville de Paris.

La candidate retenue pour le poste de professeur de piano fut Céline Taboux, Premier prix avec distinction du Conservatoire royal de Bruxelles, pianiste qui “s’est faite remarquer par un mécanisme de bonne école dans le Concerto de Hummel et une grande musicalité dans le Prélude et fugue en sib de Bach”.

Le violoncelliste Jean Dumont – qui était le fils de M. Dumont, enseignant à l’École d’Abbeville – fut reçu à l’unanimité pour ses “grandes qualités de virtuose” mais renonça au poste à Abbeville.

L’Almanach de 1910 – 1911 mentionne à la rubrique Ecole Nationale de Musique, place du Palais de Justice

Directeur : M. Edmont Braut

Secrétaire-Archiviste : M. Emile Lambert

Professeurs : Solfège (garçons) : MM. Dumont A et Lemaire – Solfège (filles) : Mlle Dumont – Piano : Mlle C. Taboux – Violon et alto : M. Mathieu – Violon et alto : M. Dumont – Violoncelle : M. Brassart – Clarinette, hautbois et saxophone : M. Braut – Flûte : M. Beuzart – Instruments en cuivre : M. Simon – Classe de quatuor : M. Dumont – Classe d’ensemble : M. E. Braut.

L’école comprend des cours de solfège et des cours d’instruments (cordes, bois et cuivres) et des classes distinctes pour les garçons et pour les jeunes filles. Elle comprend aussi un cours de musique d’ensemble.

Pour les jours et heures de cours, s’adresser au Secrétariat de l’École de musique.

Au lendemain de la Première guerre mondiale, nous trouverons dans le corps professoral :

Solfège (garçons) : M. Edmond Braut, fils – Solfège (adultes) : L. Louis Voclin – Solfège (filles) : Mlle Dumont – Piano : Mlle Céline Taboux – Violon-alto et quatuor : M. Lemaire – Violoncelle et contrebasse : M. Brassart – Clarinette, saxophone et ensemble instrumental : M. Braut – hautbois et basson : M. Louis Voclin – Flûte : M. Beuzart – Instruments en cuivre : M. Simon.

En octobre 1935, Albert Laurent prend la direction de l’École de musique. La municipalité renonce à la tutelle de L’État. L’École redevient municipale. Un nouveau règlement est rédigé.

Selon l’Annuaire général de la ville d’Abbeville et de son arrondissementde 1936, secrétaire-archiviste est M. Barré. Le corps professoral est composé comme suit :

SolfègeGarçons : M. Dairaine et Lefèvre ; Adultes : M. Gence ; Filles : Melle Dumont – Piano (cours supérieur) : M. Laurent – Piano : Mlle Graire – Violon, alto et quatuor : M. Lefèvre – Violoncelle et contrebasse : M. Brassart – Clarinette et saxophone : M. Douzenel – Hautbois et basson : M. Corbet – Flûte : M. Peuvrel – Instruments en cuivre : M. Corbet.

Albert Laurent assure aussi un cours d’harmonie et un cours d’histoire de la musique.

En 1938, l’École s’installe rue Lesueur, après la disparition de l’étude de Maître Caron, dans la maison rachetée par la Ville. M. Corbet assure aussi les cours de clarinette et saxophone.

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, de nouvelles disciplines font leur apparition : le chant avec comme professeur M. Lejeune, la déclamation assurée par M. Gossart. La distribution des prix de juillet 1948 mentionne l’existence d’un cours de tragédie et d’un cours de comédie.

En 1966, Albert Laurent abandonne la direction de l’École de musique. Il en devient le directeur artistique. En 1968, Albert Laurent est nommé “directeur conseiller artistique de la ville d’Abbeville”, titre qu’il conservera jusqu’à sa mort en 1978.

En 1969, par arrêté municipal, l’École reçoit la dénomination de conservatoire municipal de musique.

Après une inspection effectuée en juin 1974, le conservatoire municipal d’Abbeville obtient, le 10 novembre de la même année, l’agrément du Secrétariat d’État à la Culture. Il s’appelle désormais École de musique agréée.

Suite au décret de 2006, l’École agréée prend le nom de conservatoire à rayonnement communal d’Abbeville.

Le 1er janvier 2010, il devient conservatoire à rayonnement intercommunal de l’Abbevillois.

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